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09/04/2010

Midi Libre SETE – Histoire des migrations

Édition du vendredi 9 avril 2010

Les flux intérieurs, essence sous-estimée de l'identité sétoise...

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SETE -  Les flux intérieurs, essence sous-estimée de l'identité sétoise...


Amalgame

C'est pratique, une ville nouvelle. En ce sens qu'il n'est pas besoin de passer au peigne fin des millénaires d'histoire pour approcher peu ou prou du "portrait génétique" de ceux qui l'habitent. Sète, c'est donc 350 ans d'histoire, si l'on veut bien oublier une occupation antique du côté du Barrou et la présence de quelques velus pêcheurs de daurades, côté étang, au Néolithique. 350 ans d'histoire, mais quelle histoire ! Celle d'un "caillou" vierge dont des générations d'immigrants vont façonner les abords jusqu'à en faire la ville que l'on connaît.

Deuxième volet de notre série sur l'identité sétoise, l'immersion que nous proposons aujourd'hui ne se veut pas exhaustive, mais assez complète, néanmoins, pour mettre le doigt sur des réalités insoupçonnées, parfois occultées.

Parmi celles-ci, la certitude que le peuplement sétois a largement plus reposé sur les apports d'un large arrière-pays (de tout le grand Sud jusqu'en Auvergne, en fait) que sur les migrations venues de l'étranger.

Autre surprise : Italiens, Espagnols et autres Pieds-noirs, s'ils ont largement contribué à l'identité culturelle de la ville, ne furent pas les seuls à débarquer de contrées lointaines.

Certes supérieurs en nombre aux Allemands, Suisses, Danois, Suédois, ils ne le furent pas en terme d'influence sur le développement du port. En tout cas dans les premiers temps. Enfin, ce cheminement sur les sentiers des origines sétoises nous aura révélé combien ce port fut un havre de paix pour bien des populations d'immigrants, qu'ils soient pauvres ou riches, juifs ou protestants...

Sète ayant semble-t-il toujours préféré l'amalgame à l'ostracisme.

Édition du vendredi 9 avril 2010

SETE -  Début XVIII e siècle,

RAPPEL : L'Île singulière s'est d'abord distinguée par d'étonnantes facultés d'assimilation. Nationalités et religions s'y sont toujours côtoyées sans encombres...

Début XVIII e siècle, les premiers étrangers à tenter l'aventure sétoise sont de trois origines. On y trouve des groupes de pêcheurs catalans (les premiers pêcheurs sétois, en somme), venus de Gérone, de Palamos, etc. Dans le sillage du poisson bleu, ils se fixeront dans l'embryon de ville qu'est Sète. En 1730, ils sont 200 au Souras Bas. Ils amènent avec eux leurs palangres, leurs filets, et font le commerce de poisson salé.

Parallèlement, l'aube du XVIII e siècle voit débarquer à Sète de grandes familles de négociants nordiques, dont les maisons mères se situent en Suisse, au Danemark, en Hollande, en Suède, en Allemagne, en Écosse. Jusque-là plutôt en affaires dans le Bordelais, ils profiteront d'un canal du Midi qui permet au trafic - de vin, déjà - d'éviter Gibraltar. Et contribueront de fait au développement du vignoble languedocien. Des fils de bonnes familles débarquent ainsi à Sète pour armer les navires, organiser les expéditions. Ils s'installeront plus tard quai Herber par exemple et gonfleront la communauté protestante locale.

Mais la fin du XVIII e siècle rime aussi avec l'arrivée des premiers "Italiens sétois", et pas des manuels, ceux-là mais de riches commerçants génois et sardes qui développeront Sète. Comme Barcelone, d'ailleurs. En 1789, l'Île singulière compte 6 500 âmes.

Malgré un affaiblissement sensible entre 1830 et 1850, des flux migratoires persistent en provenance de Ligurie, de Toscane et de Vénétie, sans commune mesure, toutefois, avec le déferlement qui aura lieu quelques décennies plus tard.

Quand le port reprend de la vigueur, une deuxième vague d'immigration nordique (Suisse, Allemagne, Danemark) coïncide avec la réouverture des grandes maisons de négoce, dont celle de Yohan Franke, propriétés de quelques-uns des grands noms du cimetière Marin : les Herber, Koester... Compétiteurs, ces négociants introduiront le nautisme à Sète, comme la notion de sport dans les joutes, d'ailleurs.

1870 : c'est la guerre. Ces commerçants germaniques sont mal vus. Des "maisons" ferment. Les tarifs douaniers augmentent. Du fait de l'oïdium, du phylloxera et de l'exploitation des terres algériennes, Sète trahit son arrière-pays : son port, qui jusque-là exportait, devient importateur.

1875 : l'unité italienne est faite, mais dans les campagnes, les Italiens crèvent de faim. Le gros de l'émigration vers le sud de la France en général et Sète en particulier va s'opérer en plusieurs vagues. Ceux de ces Italiens qui sont des pêcheurs connaissent les côtes, savent jusqu'où ils peuvent aller, mais on trouvera aussi des terriens qui se feront portefaix, manœuvres, etc. Ce premier "gros" courant d'immigration italienne est néanmoins relativement faible. On les appelle, à tort, « Les Calabrais ». Ils ne représentent pas plus de 4 % d'une population d'environ 25 000 habitants (le courant venu de l'arrière-pays occitan est alors très supérieur). On retrouvera ces immigrants au Quartier haut, au Souras Bas, mais aussi rue Carnot. Cette fois, ce ne sont pas des négociants mais bien le peuple italien qui gagne Sète, souvent poussé par la famine.

Entre 1875 et 1910, des villages entiers du Golfe de Naples (Gaeta, Cetara...) émigrent. Ceux-là iront à la pêche et prospéreront. Les actes racistes déplorés à Aigues Mortes ne trouveront pas écho en Île singulière. Pour devenir patrons pêcheurs, beaucoup d'Italiens choisissent la naturalisation. Les mariages avec les autochtones sont fréquents. Déjà français en 1914, ils se battront sur les fronts de Marne, de la Somme et de l'Artois. Ils deviennent propriétaires de leur bateau, s'intègrent et, très vite, n'ont que peu de chose à voir avec ce qu'ils étaient à leur arrivée.

Une immigration qui s'intensifiera entre 1915 et 1919. Au début du XX e siècle, un autre courant, moins sensible mais continu, voit de nombreux terriens issus de la région de Valencia, en Espagne, gagner Sète. Et même des habitants des îles Baléares qui prendront en charge le commerce des primeurs.

Rien, toutefois, à côté du pic de 1939, l'exode républicain, qui confortera la place des Espagnols comme 2 e "groupe", à Sète. Des immigrés qui, dotés de moins de faconde que leurs homologues transalpins et peut-être moins en proue du développement de la pêche, se fondront plus discrètement dans la masse.

Les premiers Pieds-noirs à toucher la terre sétoise le feront quant à eux à la fin des années 1950, quand sera mis fin au protectorat français en Tunisie. On y trouvera bon nombre de pêcheurs, débarquant d'ailleurs à Sète avec de bons bateaux, non sans susciter la convoitise des cousins déjà basés à Sète.

Ils seront suivis, dès 1962, par les réfugiés d'Algérie, très souvent d'origine italienne et espagnole (notamment les Oranais) d'ailleurs, qui retrouveront, à Sète, d'autres cousins. Quelques familles de harkis rejoindront elles aussi Sète, mais ce courant d'Afrique du Nord ne sera pas supérieur au courant intérieur.

Et c'est la politique du regroupement familial qui, jusqu'en 1970, notamment vis-à-vis du Maghreb, mettra la dernière touche au tableau du Sétois d'aujourd'hui. Dont la qualité première, comme le résume la responsable des archives municipales, Cathy Lopez, est d'être « de sang brassé ». Car on n'est jamais prophète en son pays.

18:22 Publié dans Vie des quartiers - Souvenirs | Lien permanent | | | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |