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05/03/2010

Cartographie des risques d’innondation de 2007

MIDI LIBRE Édition du mardi 2 mars 2010

Hérault : La carte d'un bassin de Thau sous les eaux

La carte d'un bassin de Thau sous les eaux

DR

 


Des digues qui cèdent sous les vagues de l’Atlantique. C’était dimanche matin, dans deux paisibles communes de Vendée.

  • Il y a 8 ans, en septembre 2002, la petite ville d’Aramon, dans le Gard, était piégée par la crue du Rhône. Là aussi une histoire de digues rompues.
  • Trois jours plus tôt, le Gardon sortait de son lit à Alès et dévastait le quartier populaire des Près Saint-Jean.
  • En 1988, un épisode pluvieux d’une rare intensité ravageait la ville de Nîmes. A chaque fois, on a compté les morts par dizaines.

Et le coût de la reconstruction a atteint des millions d’euros. A chaque fois, les populations sont restées incrédules face à de tels évènements. Ces catastrophes sont inimaginables par temps calme. Et ne se produisent qu’une fois par siècle. Ce qui incite souvent à minimiser les risques.

Faut-il craindre un tel scénario pour le bassin de Thau ? La question mérite d’être posée. D’autant que les services de l’Etat ont édité, en 2007, une carte des zones inondables autour de l’étang.

Cette carte, que Midi Libre vous révèle en exclusivité, est un outil de travail. Et n’a pas été validée pour élaborer le Plan de prévention des risques d’inondations (le fameux PPRI).

Mais sa diffusion auprès des élus avait provoqué de vives contestations. On a crié au catastrophisme, dénoncé le blocage de tous les projets de développement urbanistique. Elle est actuellement en débat. Ce n’est pas la modélisation du risque qui est dénoncée mais la probabilité qu’il se produise.

A l’époque, Midi Libre avait décidé de ne pas diffuser ces documents afin éviter un vent de panique dans la population. L’actualité récente a remis en lumière cette carte. Que nous vous livrons aujourd’hui, assortie des commentaires de deux élus locaux, François Commeinhes, maire de Sète et président du Syndicat mixte du bassin de Thau et Christophe Morgo, conseiller général de Mèze.

Ce document doit être regardé avec précaution et lucidité.

  • Précaution car il se base sur une crue centennale.
  • Lucidité parce que l’actualité de ces derniers jours en Vendée, de ces dernières années dans le Gard, a montré que le pire est toujours possible.

Ces catastrophes surprennent toujours par leur intensité et leur décalage avec la paisible réalité du quotidien. Pensez-vous un tel scénario imaginable dans le bassin de Thau ?

François Commeinhes : Il y a des différences fondamentales entre le secteur touché ce week-end en Vendée et le bassin de Thau. Là-bas, les terres ont été prises sur la mer alors qu’ici, toute la ville est construite au-dessus du niveau de la mer. Même à Villeroy, 54 000 tonnes de remblais ont été apportées pour surélever les nouvelles constructions.

Christophe Morgo : A mon avis, cela ne peut pas être aussi important que sur la côte Atlantique puisque les mouvements de la Méditerranée sont beaucoup moins forts que ceux de l’Océan.
Mais il est indéniable qu’il y aura, un jour ou l’autre, une submersion de certains de nos territoires. S’il y a de fortes pluies et un gros vent de sud, chacune des 22 communes du "Sage" (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) sera touchée. J’ai peur qu’il y ait une catastrophe un jour.

Les projections réalisées par les services de l’Etat (carte ci-dessous) vous semblent-elles réalistes ?

François Commeinhes : Si on s’en tient aux préconisations présentées dans ces documents, Sète, Marseillan ou Mèze sont rayées de la carte, Vic devient une île. Les recommandations de l’Etat qui se basent sur une élévation du niveau des eaux d’1,80 m, il faut évidemment en tenir compte mais on ne peut pas construire un port, une école de voile ou un mas conchylicole sur le Larzac.

Christophe Morgo : Il y a des incohérences. Il existe des communes où des parties sont classées en zone inondable alors qu’il n’y a aucune raison. Sur ce dossier, les ingénieurs de la DDE se sont montrés très prudents, trop prudents. De toute façon, on a pris beaucoup trop de retard par rapport à ces risques. Les PPRI (plans de prévention des risques inondation), il fallait les faire il y a cinquante ans de cela.

Êtes-vous, en tant qu’élu, favorable au principe de précaution poussé à l’extrême ?

François Commeinhes : Qu’on prenne toutes les précautions est une obligation. Mais il faut aussi savoir s’adapter, comme nous l’avons fait à Villeroy. Qu’on ne construise pas d’habitations sur les zones situées à moins de 2 m du niveau de la mer, d’accord, mais il faut pouvoir construire au-dessus en consacrant les rez-de-chaussée à des activités qui ne sont pas liées à l’habitat. Ce sont des préconisations architecturales qu’il faut imposer mais cela ne doit pas empêcher de construire.

Christophe Morgo : Non. A les écouter, il n’y aurait aucune vie humaine autour du bassin de Thau. Il y a cinquante ans, on a fait d’énormes erreurs sur ce territoire. Je pense à l’urbanisation en front de mer comme Frontignan plage ou Marseillan-plage. Ce sont des zones habitées à l’année qui ne devraient pas l’être.

Quel est l’avenir du bassin de Thau si on se base sur ces cartes ?

François Commeinhes : Il y a 120 000 habitants sur le bassin qui continuent à travailler, à se déplacer, à se loger. Et il y a la nécessité de développer la vie économique, de densifier l’habitat sur les zones d’emploi pour éviter les déplacements et l’émission de CO2. Il faut aussi répondre aux sollicitations de la population et de l’Etat qui nous demande de créer des logements. Tout réside en fait dans l’équilibre qu’il nous faut trouver entre les préconisations de l’Etat et les attentes de la population.
Christophe Morgo : Aucun. Le reproche que l’on peut faire à ces cartes, c’est qu’elles ont été faites par des ingénieurs dans des bureaux. Il y a des constructions qui ont été faites, il faut en tenir compte. Le bassin de Thau est un territoire prisé, trop prisé. Mais aujourd’hui il faut dire stop. Il y a des communes qui ont construit sur des zones humides ! C’est contre nature ! Les maisons sur le Lido c’est par exemple la porte ouverte à tout. Et les élus ne seront plus là quand la catastrophe se déclenchera…

Un élu peut-il assumer seul l’urbanisation des zones à risques ?

François Commeinhes : La charge d’élu n’est pas forcément de tout repos. Il faut savoir prendre ses responsabilités. Il y a des intérêts divergents à faire cohabiter.

Christophe Morgo : Un élu s’appuie sur son conseil municipal. Il y a discussion. Mais malheureusement, il y a trop d’argent. On promet des travaux d’aménagement, de sécurisation et… un jour ou l’autre, la nature reprend ses droits. Mais ici, sur le bassin, on est de plus en plus exposé, notamment à cause de la crise viticole : les vignes sont abandonnées, plus entretenues et cela entraîne plus de ruissellement. De plus, pour s’en sortir, les viticulteurs demandent que leurs terrains deviennent constructibles, ça bétonne et ça ruisselle encore plus…

Découvrez la carte des zones qui seraient touchées par une crue centennale autour du bassin de Thau.

François DORÉ et Philippe MALRIC