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02/05/2015

TELERAMA : Patachou, celle qui comprit Brassens avant les autres...

Valérie Lehoux

Publié le 01/05/2015.

Patachou, en 1969, au sommet de la Tour Eiffel

La chanteuse et comédienne Patachou est morte à l'âge de 96 ans. Elle ne fut pas seulement la gouailleuse de l'après-guerre, patronne d'un cabaret célèbre. Elle fut un artisan essentiel de la carrière de Georges Brassens.

Depuis l'annonce de sa disparition, les qualificatifs se répètent pour évoquer ce que fut Patachou : figure du Paris de l'après-guerre, chanteuse interprète (La Chansonnette, Bal chez Temporel...), comédienne au cinéma, à la télévision et au théâtre (qui a joué sous la direction de Renoir, Guitry, mais aussi Bertrand Blier, Paul Vecchiali, Pierre Salvadori...). Et bien sûr patronne d'un cabaret-restaurant célèbre à Montmartre, qui vit entre autres les débuts de Brassens ou de Brel.

Mais on souligne rarement à quel point elle fut essentielle à Brassens. Tenant auprès de lui, pour quelques mois décisifs, le rôle de protectrice, de porte parole, presque de manageuse.

Fin 1951, Brassens a trente ans, et aucune perspective. Il a déjà écrit une trentaine de chansons dont beaucoup deviendront des classiques (La mauvaise réputation, La chasse aux papillons, Le parapluie...), mais ne trouve curieusement aucun écho. Avec une guitare, il a beau faire le tour des cabarets, personne ne veut l'entendre. Il est mal à l'aise en scène, transpirant, timide ; si gêné qu'il en devient gênant. Face à l'insuccès, il perd le peu de confiance qui lui reste. Ses amis s'inquiètent, il montre des signes de découragement qui confinent à la dépression. Deux d'entre eux, journalistes à Paris Match, et qui ont quelques relations, vont alors décider de le conduire chez Patachou. Quasiment de force. Le 24 janvier 1952, le chanteur auditionne devant elle. Et en dépit de sa maladresse, il séduit : Patachou entend ce que les autres avaient ignoré, l'extraordinaire pate d'un auteur qui, dans l'indifférence générale, est en train de révolutionner la chanson.

 

Quelques jours plus tard, la chanteuse interprète elle-même les chansons de Brassens – ce qui va très bien au Sétois –  devant le petit public de son cabaret. Patachou, elle, n'a peur de rien, et surtout pas de chanter ; les spectateurs découvrent par sa voix la modernité poétique et souvent subversive des textes. Puis elle fait mieux : à la fin de la soirée, elle propose au public de découvrir l'auteur de ces chansons inconnues. « Ce n'est pas un chanteur professionnel. Si vous aimez, il reste, sinon, ce n'est pas grave ». Ainsi encadré, Brassens monte sur scène et chante à son tour. Le Gorille notamment (que Patachou n'ose pas interpréter). Elle l'encourage des coulisses. Le contre-bassiste Pierre Nicolas, qui joue tous les soirs dans le cabaret, l'accompagne en improvisant. La carrière de Brassens vient de prendre un tournant décisif. Jusqu'au bout, et sur toutes les scènes, Pierre Nicolas sera son complice musical.
Quant à Patachou, dont il est désormais intime, elle n'a de cesse de parler de son protégé dans le tout Paris de la chanson. Intrigué, Jacques Canetti, découvreur de talents, fondateur des Trois Baudets et directeur artistique chez Philips, va l'entendre chez elle, en mars. Et lui aussi, s'enthousiasme : il lui fait signer un contrat de disques – le premier enregistrement débute deux semaines plus tard. A l'été, aux côtés des Frères Jacques, Brassens entame sa première grande tournée, dont la vedette est Patachou. Il apprend son métier, prend de l'assurance. L'année suivante, il chante pour la première fois sur la scène de Bobino.

Vingt ans plus tard, interviewé à la télévision, Brassens soulignait encore l'importance de sa bienfaitrice : « Sans elle, je ne serai pas tout à fait là ». Sur le programme de la tournée de 1952, il avait écrit un texte ; on ne saurait mieux décrire la façon dont Patachou incarnait ses chansons. « Vous serez conquis par cette bouche qui sourit et qui boude en même temps, et ses cheveux d'épis de maïs, et ses mains qui décrochent les étoiles. (...) On n'entre pas dans son art comme dans un moulin. Mais si on y entre, alors c'est une grande fête dont on garde le souvenir vivant »

 

 

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