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29/10/2013

Données numériques : Si elles sont le pétrole de demain, qui est assis sur les plus grands gisements ?

Trois besoins fondamentaux, pour survivre à la révolution numérique :
    • concevoir de nouveaux modèles d’affaire fondés sur la numérisation massive des données
    • inculquer une culture numérique de base commune à tous les citoyens
    • permettre aux filières d’innovations d’attirer les jeunes dont elles ont besoin
C’est ce qu’illustre cette interview de Benoît Thieulin, président du CNN publié sur l’Usine Digitale

LA FRANCE DU NUMÉRIQUE - USINE DIGITALE > L'USINE DES PME-ETI


"La deuxième vague numérique arrive et la France a toutes ses chances", affirme Benoît Thieulin

Publié le jeudi 24 octobre 2013 par Aurélie Barbaux et Pascal Gateaud

http://www.usine-digitale.fr/article/la-deuxieme-vague-nu...

L'Usine des PME-ETINumériqueFranceEconomie numériqueEntretien

Pour Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique et directeur de l’agence La Netscouade, la France conserve toutes ses chances pour la deuxième vague de la révolution numérique qui touche toute l’économie.

L'Usine Digitale - La notion de filière numérique a-t-elle un sens ?


Benoît Thieulin - Dans un premier temps, le numérique a été pensé et discuté au sein de petites communautés de geeks, de développeursEt s’il a touché de grands secteurs, comme les médias ou la culture, il avait un faible poids économique. En parallèle, on a assisté à l’émergence de gros acteurs "pure players", qui créent leurs propres usages. Aujourd’hui, on est à un point de bascule. La seconde onde de choc de la révolution numérique frappe le reste de l’économie. On s’en aperçoit au travers de la problématique des données numériques. Si elles sont le pétrole de demain, qui est assis sur les plus grands gisements ? On pense immédiatement aux géants d’internet. Mais les banques, les assureurs, le transport, la grande distribution… une partie de leur modèle d’affaires pourrait pivoter sur l’exploitation de ces données. L’enjeu, c’est sortir d’une économie du numérique. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas, mais qu’elle sort de la filière.

Interview issue de notre grand dossier "La France du numérique"

Si le numérique diffuse partout, faut-il quand même labelliser des quartiers numériques, comme veut le faire le gouvernement ?


Oui. Car on est qu’au tout début de la deuxième vague. Les nouveaux pivots de modèles d’affaires, fondés par exemple sur les données, ne sont pas engagés. La transition n’est qu’entamée. Ce n’est donc pas une raison pour ne pas mener des actions. Ce dont les entreprises innovantes ont le plus besoin, ce n’est pas forcément d’aides publiques, mais d’accompagnement, de conseils et surtout de remplir leur carnet de commandes. Avoir des clusters qui sont révélés physiquement permettra peut-être plus facilement aux grands groupes d’aller y faire leur marché. D’abord, pour numériser leurs activités traditionnelles et revoir leurs modèles d’affaires. Mais surtout, pour se penser au cœur d’un écosystème, afin d’aller chercher la créativité, l’agilité, là où elles sont. Il leur sera de plus en plus difficile de faire venir des talents…

Faut-il pour autant multiplier les lieux consacrés au numérique ?


Aujourd’hui, Paris est un écosystème de start-up et de PME innovantes incroyable. Mais elles sont éclatées autour d’une multitude de pôles. Xavier Niel a raison de miser sur la Halle Freyssinet. Cela permettra de découvrir en une heure, comme en Californie, des dizaines de start-up rassemblées sur un même plateau. Il faut que les patrons du CAC 40 aillent s’oxygéner dans des endroits comme la Halle Freyssinet demain, ou les incubateurs et les quartiers numériques qui existent déjà, à Paris mais aussi dans les régions. Ces lieux organisés permettront aussi aux start-up de collaborer plus facilement entre elles.

Dans une civilisation de la connaissance qui bascule dans le numérique, enseigner un minimum de ce qu’est le code est fondamental. Il faut savoir aujourd’hui ce que sont les couches de langages, ce qu’est un programme, comment il s’exécute pour mieux comprendre les services de haut niveau qu’il est possible d’en tirer.

Le Conseil national du numérique, le CNN, travaille-t-il sur les questions de formation ?


Le CNN s’est auto-saisi sur le sujet et félicité de la prise de positions de l’Académie des sciences en faveur de l’apprentissage du numérique à l’école. Dans une civilisation de la connaissance qui bascule dans le numérique, enseigner un minimum de ce qu’est le code est fondamental. Hier, il était impossible de ne pas inculquer aux élèves de toutes les classes sociales une base de connaissances en mécanique, en géométrie… Il faut savoir ce que sont les couches de langages, ce qu’est un programme, comment il s’exécute. Cela vient d’être mis en application en Angleterre. Dès la maternelle, les enfants reçoivent des notions très rudimentaires de code ! Ce n’est pas pour que tout le monde devienne développeur. Même s’il est vrai que l’on en manque vraiment…

Dès que l’on amorce cette pompe d’innovation et de succès, cela rejaillit sur tout l’écosystème.  Pour la 2e vague numérique, où il va y avoir beaucoup plus de services de Business à Business, on a vraiment toute nos chances.

Comment attirer des jeunes en l’absence de grands champions ?


Le grand problème de la France et de l’Europe, c’est le financement. Si les États-Unis n’ont pas ce problème, c’est qu’il y a eu des succès. Et que les grands acteurs, qui sont dans une course à l’innovation, passent leur temps à réinvestir dans des entreprises. On a la chance en France d’avoir un Xavier Niel. D’autres peut-être demain. Dès que l’on amorce cette pompe d’innovation et de succès, cela rejaillit sur tout l’écosystème. Alors qu’importe que la France ait principalement des pépites B to B. C’est finalement une chance. La première vague du numérique a concerné le B to C. Les Français et les Européens ne partaient probablement pas gagnants, à cause du morcellement du marché, de la disparité des langues, des réglementations. Les Américains, eux, ont deux atouts : la culture incroyable de l’écoute du client et celle des interfaces. Pour la deuxième vague numérique, où il va y avoir beaucoup plus de B to B, on a vraiment toutes nos chances.

Le principe d’une taxe spécifique semble écarter…


Le rapport sur la fiscalité que nous avons rendu arrive à la conclusion qu’il est impossible d’instaurer une taxe sectorielle dans un seul pays. Il n’y a que des inconvénients et aucun avantage. Pour autant, je ne suis pas sûr que les leviers fiscaux soient l’alpha et l’oméga de l’attractivité d’un pays. La qualité d’un écosystème, l’accès au financement, l’accès à des compétences, la culture du risque et l’envie d’innover sont, pour moi, des leviers plus importants que les leviers fiscaux.

Un pays s’en sort-il mieux ?


La France ne s’en sort pas si mal ! Et elle a plein d’atouts. Une bonne démographie. Un métissage, qui est une chance. Une qualité de vie qui, pour ma part, me pousse à rester. Un environnement créatif dans des villes très denses avec en même temps des frugalités qui sont les modèles de demain. Cela doit nécessairement donner quelque chose. On a peut-être loupé la première vague. Ce n’est pas grave, il y en aura plein d’autres...

Propos recueillis par Aurélie Barbaux et Pascal Gateaud

16/10/2013

Réflexions sur l’innovation

Nous sommes entrés dans une économie d’innovations massives qui entraine dans toutes les disciplines des ruptures brutales aussi bien dans les façons de penser que les savoir-faire.

Notre Ville doit elle-même se montrer de plus en plus innovante dans sa capacité à anticiper les opportunités et les risques pour la Collectivité, ou accompagner sa population à travers les diverses catégories de forces-vives qui la composent.

Ces compétences d’intermédiation, d’arbitrage et d’animations entre population et acteurs de l’économie d’innovations massives, pourraient se concevoir comme les bases d’un droit nouveau de l'économie immatérielle, à inventer par les Maires dans la continuité du "droit du sol" et prenant sa relève, car très rapidement à terme le développement des Villes ne sera plus piloté au niveau des communes par le contrôle du foncier principalement.

La loi sur les Métropoles et la Réforme de la Décentralisation pourraient par ailleurs, bousculer quelque peu les pouvoirs des Maires si les Régions deviennent chef de file pour le tourisme et l’innovation en plus du développement durable, du développement économique et des transports.

Le brillant et fougueux commentaire de Nicolas Colin  http://colin-verdier.com/les-fossoyeurs-de-l-innovation/ http://www.rudebaguette.com/2013/10/17/gravediggers-of-in...  dont voici quelques extraits, aidera le citoyen sétois et peut-être les candidats aux municipale à mieux comprendre ce qu’est réellement l’innovation en 2013, et peut-être leur donnera-t-il le goût de réfléchir concrètement et de façon pragmatique à un avenir réellement innovant pour Sète :


…dans une récente et exceptionnelle édition des Décideurs de l’innovation, Nicolas Rousselet nous expose sa vision de l’innovation.

https://www.decideurstv.com/video/nicolas-rousselet-group...
http://fr.finance.yahoo.com/video/nicolas-rousselet-group...
http://www.youtube.com/watch?v=w67bnJOwmaM

[…] l’innovation vue par Nicolas Rousselet mérite qu’on s’y attarde tant est elle est dérisoire et erronée à peu près du début à la fin. Voici quelques extraits et mes commentaires :

« l’innovation prend deux formes : l’innovation technologique, technique et l’innovation en termes de services, de nouveaux services » (1’50″) – eh bien non, à l’âge entrepreneurial, l’innovation ne prend qu’une seule forme, celle d’une offre nouvelle amorcée et valorisée sur un marché de masse grâce à la mise au point d’un nouveau modèle d’affaires. Les progrès technologiques sans changement de modèle d’affaires ni traction auprès de la multitude s’appellent simplement des gains de productivité… et se commoditisent en un clin d’oeil, sans permettre à l’entreprise de se différencier ;

« pour les GPS, tout ça, là on est vraiment à la pointe, ça fait très longtemps qu’on géolocalise tous nos taxis » (3’05″) – non non, si ça fait longtemps qu’on fait quelque chose, alors on n’est pas vraiment à la pointe. Ces derniers temps, les choses changent vite en matière de géolocalisation et de services associés ;

« rapprocher le client du taxi, du chauffeur, nécessite de la haute technologie » (3’18″) – pas du tout, ça nécessite tout au plus de l’amabilité de la part du chauffeur et, éventuellement, une application mobile, qui est quasiment à la portée du premier venu d’un point de vue technologique. Bien sûr, ça peut aussi nécessiter de l’innovation, c’est-à-dire un changement du modèle d’affaires : on rapproche d’autant mieux les taxis des clients qu’on fait alliance avec ces derniers, qu’ils sont ainsi incités à être actifs et donc producteurs de données. Cela, ça suppose de la confiance et ça se valorise d’autant mieux que les clients sont nombreux, bien au-delà de la clientèle premium (j’y reviendrai) ;

« chaque filiale dans le groupe est gérée de manière autonome, indépendante, par un manager intéressé sur ses résultats » (4’12″) – ce qui est précisément la caractéristique des entreprises non innovantes. L’innovation consiste à combiner de façon différente les composantes de l’activité de l’entreprise, quitte à ce que certaines déclinent si c’est le prix à payer pour le développement de l’entreprise tout entière. Un manager de filiale intéressé sur ses résultats fera tout pour tuer l’innovation dans sa filiale comme dans l’entreprise en général, de façon à protéger sa rente. C’est pourquoi – si du moins l’objectif est d’innover – un manager de filiale ne peut être intéressé au mieux qu’aux résultats de l’ensemble du groupe. Steve Jobs, traumatisé par sa lecture de The Innovator’s Dilemma, l’avait bien compris et mis en pratique depuis longtemps chez Apple, notamment avec la notion de unified P&L ;

« nous avons gagné le prix de l’innovation 2010 de la chambre professionnelle du self-stockage » (5’00″) – c’est bien pratique de se créer ses petits prix de l’innovation maison pour faire croire au monde extérieur qu’on est innovant. Mais non, ça ne prend pas. L’innovation, à l’âge de la multitude, ça se mesure aux rendements d’échelle exponentiels et aux positions dominantes sur des marchés globaux. Aucune autre innovation ne contribue de manière significative au développement de l’économie française. Au contraire, le renforcement des situations de rente contribue de manière décisive à la stagnation du revenu par tête et à l’aggravation des inégalités 


Le lecteur trouvera bien d’autres éléments de réflexions sur le billet original http://colin-verdier.com/les-fossoyeurs-de-l-innovation/

D’autres idées tournant autour de l’OPEN DATA évoqué dans le précédent billet : http://www.slate.fr/tribune/78792/open-data-donnees-publi...

Un exemple ancien d'offres nouvelles sur des marché de masse avec nouveaux modèles de Business :
PROJET 10100 http://quincas.blogspirit.com/archive/2008/09/28/projet-g...

Et  un autre exemple français partant sur de mauvaises bases : La SNCF de Guillaume Pépy qui lance la SNCF sur une stratégie qui s’intéresse aux données qu’il peut tirer du client mais non au client lui même !http://michelvolle.blogspot.fr/2013/10/la-sncf-et-le-myth...